La gestion du stress, le grand enjeu des entreprises

Eric Coder
Eric Coder
Journaliste - écrivain, Freelance
Mis à jour le lun, 11/23/2020 - 16:15
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Gestion du stress
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La crise sanitaire de la Covid-19 a bousculé nos habitudes, nos codes, et nous oblige à des remises en causes permanentes, à commencer par la vie de bureau. Expériences et témoignages.

L’analyse d’une DRH

Toutes les injonctions contradictoires, les règles gouvernementales qui n’ont pas cessé d’évoluer, ont fortement bouleversé le retour au travail. Pour Patricia Gabriel, DRH de KSB Europe de l’Ouest, groupe industriel allemand fabriquant de pompes centrifuges et de robinetterie, composé de 1200 personnes en France sur 23 sites (dont quatre usines) avec un chiffre d'affaires de 325 millions d'euros en 2019, a mis en place dès le confinement des procédures drastiques. « Ce qui a permis de rassurer nos salariés », explique-t-elle.

Un monde devenu dangereux

La majorité des personnels était en télétravail puis « fin août nous avons retrouvé la quasi-totalité du personnel et nous attaquons désormais le deuxième vague. Nous avons donc organisé deux jours de télétravail par semaine et c’est notre rythme tant que nous sommes en zones rouge ». La principale difficulté reste la détection des cas contacts. « C’est anxiogène et il y a des risques de connaître des syndromes dépressifs car notre monde est devenu dangereux et nous vivons dans cette ambiance sans avoir de date de fin. »

Des modèles managériaux à repenser

Quant au télétravail, c’est est un sujet clivant entre cols bleus et cols blancs. « L’équilibre à trouver nous pose question. Et à l’avenir le télétravail sera une composante importante du rythme de travail, remettant en cause les modèles managériaux. Nous subissons la crise économique avec des situations variées selon le type de nos productions, facteur de stress pour rattraper notre retard et les commandes non prises auront des répercussions dans les années prochaines. On ajoute de l’angoisse à l’angoisse

L’analyse d’une salariée :

« Les petits bonheurs et tout ce qui était convivial a été supprimé »

Chez KSB, le retour au travail s’est donc bien déroulé car les conditions de sécurité étaient présentes. Sylvie Melan, commerciale et déléguée syndicale, estime que « c’est plutôt le télétravail qui est générateur de stress. Tout le monde n’a pas les conditions idéales pour travailler, certaines personnes avaient déménagé leurs écrans mais avec le retour à deux journées en présentiel on ne peut pas déplacer le matériel à chaque fois. Chez soi, nous sommes moins bien installés qu’au bureau. Il faut donc que nous réfléchissions à l’installation du télétravail à domicile dans le futur », juge-t-elle.

Partager les frais de fonctionnement

L’une des préoccupations est de trouver des accords pour faire évoluer le télétravail : l’équipement, des dédommagements (les frais de chauffage en hiver, par exemple), etc. « Ces aspects vont entrer dans les négociations à venir. Cela engendre du stress : les gens sont demandeurs de télétravail mais ils ne veulent pas assumer seuls les frais de fonctionnement mais qu’ils soient partagés. » L’autre préoccupation est la disparition des petits moments de bonheur. « Le grand changement est l’absence de pots de départs, ce qui est très frustrant. Ainsi que la disparition des voyages, de la fête des mères, tout ce qui était convivial a été supprimé. C’est très marquant car chez KSB il y a un bel esprit familial avec de beaux moments partagés », dit-t-telle. Le paysage au sein des entreprises a changé en profondeur et les managers vont devoir apprendre à détecter les signaux faibles de salariés en souffrance.